Présentation du Centre Antoine Béclère

Antoine Béclère (1856- 1939)
esprit universel reste clans la mémoire de chacun le père de la radiologie française, son nom étant associé à celui de Wilhelm C. Roentgen "découvreur" en 1895 des rayons X.

Son mérite est d'avoir immédiatement perçu le rôle capital que ces étranges rayons pourraient jouer et d'avoir commencé dès 1897 l'enseignement de cette nouvelle science. Premier chef d'école de la radiologie française d'abord à Tenon puis jusqu'à sa retraite à l'hôpital St Antoine, il fut également l'un des créateurs dans le monde de la discipline Radiologie. "Les rayons X ne se trompent jamais, c'est nous qui nous trompons en interprétant mal leur langage, ou en leur demandant plus qu'ils ne peuvent nous donner" avait-il coutume de rétorquer vers 1905 aux derniers irréductibles accusant les rayons X d'erreurs de diagnostics. 

Après le décès d’Antoine Béclère le 24 février 1939, sa fille Antoinette 1894-1981 et son fils Claude 1897-1971 décident de créer un centre pour poursuivre son œuvre, rassembler ses collections et honorer sa mémoire. Les statuts sont ébauchés mais la guerre et l’occupation contraignent à attendre que le projet mûrisse. C’est finalement en 1950 qu’est créé le Centre Antoine Béclère des Relations Internationales en Radiologie.

Ses buts sont les suivants :

  • encourager et faciliter les échanges entre les radiologistes de tous les pays,

  • favoriser la diffusion des progrès de la radiologie médicale en constituant un organe permanent de liaison, de coordination et d’études entre les sociétés nationales de radiologie,

  • aider les congrès internationaux de radiologie dans leurs échanges avec les sociétés nationales dans l’intervalle des congrès.

En outre, le centre Antoine Béclère représente la mémoire de la radiologie française grâce aux inestimables collections d’Antoine Béclère et aux nombreux documents qui lui seront remis tout au long de son existence, à ses travaux personnels et à ses outils d’enseignement : cires médicales, radiographies, etc.

Antoinette et Claude Béclère

Les relations internationales sont donc, lors de sa création, la préoccupation majeure du Centre Antoine Béclère. Antoine Béclère a sillonné l’Europe, assisté à d’innombrables réunions, participé à de nombreux congrès, établi des relations suivies avec tous les dirigeants de la radiologie européenne. Les fondateurs du Centre Antoine Béclère entendent donc poursuivre son action internationale. Ce n’est pas par hasard que le Centre Antoine Béclère est présenté pour la première fois en juillet 1950 à la commission exécutive du sixième congrès international de radiologie qui se tient à Londres et qu’il en obtient le parrainage enthousiaste

Une collection unique retraçant toutes les évolutions des tubes à rayons X.

Le Centre Antoine Béclère possède une collection de 82 cires pédagogiques réalisées par Charles Jumelin.

Datant du début du XXe siècle, celles-ci représentent pour l’essentiel des lésions cutanées avant et après traitement par radiothérapie.

Le Centre Antoine Béclère s’installe bientôt rue Perronet à Paris dans un immeuble ancien tout proche de la nouvelle faculté de médecine, rue des Saints-Pères. 

Antoinette Béclère, sa secrétaire générale est omniprésente, infatigable. Elle entretient une correspondance suivie avec tous les dirigeants des sociétés nationales de radiologie, publie un bulletin d’information pour assurer la liaison avec les sociétés nationales de 60 pays, donne son avis sur les participants de la délégation française aux congrès internationaux.

Le Centre possède un fichier de bibliographie internationale. Il est abonné à de très nombreuses revues médicales, il est doté d’une très riche bibliothèque où internes, chefs de clinique, agrégés du Val-de-Grâce, sous la surveillance de Mademoiselle Béclère, complètent et améliorent le fichier bibliographique qui restera longtemps un outil essentiel.

Bureau de travail d’Antoine Béclère
Bureau de travail d’Antoine Béclère
Fichier de bibliographie internationale
Fichier de bibliographie internationale

Le Centre décerne enfin chaque année une médaille à un radiologiste ou un radiothérapeute, français ou étranger, en témoignage de la valeur de leurs travaux.

C’est Antoine Béclère qui a créé la Société Française de Radiologie.

Photo ci-contre : Remise de la médaille du Centre Antoine Béclère par son Président, le Pr Antoine Lacassagne, au Pr Bernard George Ziedses des Plantes en 1969.

Antoine Béclère en a assuré la présidence puis a passé le relais à ses élèves qui continuent à le considérer comme le véritable patron. À sa mort, le Centre Antoine Béclère joue le même rôle : la Société Française de Radiologie est sa filleule. Les secrétaires généraux successifs adressent au Centre les compte rendus des séances de la Société, consultent Mademoiselle Béclère sur la participation française aux congrès nationaux et internationaux, mais petit à petit les secrétaires généraux successifs de la Société de Radiologie sont un peu étonnés et agacés par cette allégeance (à cette époque, c’est le secrétaire général et non le président qui est le dirigeant de la Société). La Société au cours des mêmes années joue un rôle majeur dans l’enseignement de la discipline, elle fait créer une chaire de Radiologie. Les journées françaises de radiologie attirent un public de plus en plus nombreux. C’est, en pratique, la société qui a la charge des relations internationales. La filleule du Centre Antoine Béclère s’est affranchie de la tutelle de son parrain. Malgré la richesse de sa documentation et de son patrimoine, le Centre Antoine Béclère est progressivement délaissé par les chercheurs et les étudiants. Il est toutefois un domaine où il a gardé son rôle : c’est celui d’être la mémoire de la radiologie française. La Société Française de Radiologie n’a pas de local propre ; c’est au Centre Antoine Béclère que sont recueillis les compte rendu des séances, les livres qui lui sont donnés, le portrait de Georges Haret, secrétaire général de 1909 à 1928 peint par sa fille Simone Haret et offert par elle à la société.

Le Centre va, de 1985 à 1989 accueillir le secrétariat, les réunions de travail en vue de la préparation du Congrès International de Radiologie organisé avec succès en juillet 1989.

Lorsque le Centre Antoine Béclère doit quitter la rue Perronet pour s’installer à la faculté de médecine de la rue des Saints-Pères en 1993 c’est à Guy Pallardy, qui a succédé à Antoinette Béclère après le décès de celle-ci, d’assurer la charge de ce difficile déménagement. Les salles principales du nouveau local sont splendides avec des baies offrant de belles vues sur les toits de Paris mais il n’y a guère de place pour les archives et les collections d’objets, elles restent en caisse. Livres et revues sont entassés dans de minuscules réduits inaccessibles en pratique malgré les efforts. Seul Jean Maximoff, un ancien de Philips recruté par le Centre, peut guider les éventuels chercheurs.

Le Centre Antoine Béclère doit s’adapter à cette nouvelle situation. Il continue à accueillir les réunions de plusieurs associations radiologiques et de plusieurs sociétés savantes, le CERF le syndicat des radiologistes hospitaliers, la SFRO, la SFMN, les Physiciens d’hôpitaux. Sous la responsabilité d’André Bonin et de Jean Raust, le Centre soutient par son secrétariat les nombreuses activités nationales et internationales de son président Maurice Tubiana centrées en particulier sur la radioprotection et la radio-activité.

Le Pr Maurice Tubiana, président du Centre de 1976 à 2005.

Portrait de Georges Haret

C’est à François Eschwège, devenu président du Centre Antoine Béclère en 2005 que revient le mérite de rétablir des relations harmonieuses avec la Société Française de Radiologie qui s’est dotée de nouveaux locaux avenue Rapp dans le septième arrondissement et y a constitué ses archives. Il a la tâche de répertorier le patrimoine d’objets, de documents, de livres, de revues du Centre rétablissant ainsi son rôle de mémoire de la radiologie française.

Lorsque le Centre Antoine Béclère doit quitter la faculté de médecine en 2016, il œuvrera au côté de son nouveau président Roland Rymer pour qu’il rejoigne en 2018 la Société de Radiologie dans ses nouveaux locaux, rue de la Colonie dans le treizième arrondissement, tout en gardant son autonomie.

Voici donc enfin réunis le centre Antoine Béclère et la société Française de Radiologie dans un même local. Y trouvent également leur place la SFRO, les Physiciens d’hôpitaux et de nombreuses associations. Les collections d’objets du centre Antoine Béclère sont exposées ; livres et revues à la disposition des chercheurs ; des salles d’enseignement aménagés ; un musée de la radiologie décidé ; les réunions des sociétés savantes sont réorganisées ; un nouveau bureau mis en place pour administrer le Centre. Les années à venir sont pleines d’espoir.

Henri Nahum